Ma Lisa, tu as cent ans
Et tu viens contrarier
La pendule du temps
Qui s'emmêle les pieds …
Si je pose cent ans
Je rajoute une année …
J'en ôte le printemps
Pour t' l'offrir en entier …
Si j'enlève trente ans
A ces années passées
Je te vois maintenantt
Enfin, telle que tu es.
J'aime à t'écouter
Parler de tous ces gens
Qui ont participé
A c'que tu es maintenant :
Cette divine grand-mère
Que tu as tant aimé,
Et qui trône, altière,
Dans ta chambre à coucher.
Ton jeune instituteur
Parti, il y a très longtemps
Installé dans ton cœur,
Définitivement.
A la mort de Jaurés,
Tu n'avais que douze ans,
L'école de ta jeunesse,
Fut l' école des champs.
La république voulait
Te compter sur ses bancs,
La vie a décidé
Pour toi, tout autrement.
Tu n'as jamais appris
Mais tu as toujours su,
Tirer l' meilleur parti
De ce que tu as vécu.
Durant des décennies,
Tu as, dans ton café,
Rassemblé les amis
Les plus déshérités.
De ce tout petit verre,
Tu f'sais un grand moment,
D'un modeste locataire,
Enfin un vrai client.
Et chacun s'retrouvait
Hors de ses différences,
A parler pour causer
Des choses de l'existence.
Ma Lisa, tes cent ans
Ne sont pas un hasard …
L'amour, intensément,
A servi de remparts
A ces contrariétés,
Qui peuvent à tout moment
Etouffer des projets
Trop prématurément.
Ne sois pas étonnée
De voir qu'à ton tour,
Tu puisses récolter
Autant de mots d'amour.
Ma Lisa, maintenant
Que tu as cent ans passés,
Va falloir prendre le temps
De tous nous supporter …
On va être tellement fiers
De venir embrasser
Not' Mamie centenaire
Qu'on risque de disjoncter …
Ma Lisa, promets nous
De bien nous surveiller :
… Que l'on n' devienne pas fou
A force de t'aimer,
… Que l'on n' devienne pas fou
A force de t'aimer,
… Que l'on n' devienne pas fou
A force de t'aimer !
J.O. Droits déposés